Pourquoi mon enfant ne décroche-t-il pas ?

  • 02 Septembre 2019
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Plus rien autour n'existe lorsque les écrans captent notre attention et celle de nos enfants. Mais pourquoi sommes-nous hypnotisés par ces outils ? Sommes-nous responsables de cette attitude ? Pourquoi n'arrivons-nous pas toujours à nous réguler et à réguler nos enfants ? Heureusement la science est là parfois pour nous déculpabiliser...


Un cerveau antique dans un monde numérique
C'est au niveau de notre cerveau que ça se passe. Celui-ci n'a pas vraiment évolué depuis la préhistoire. Que ce soit pour se protéger ou survivre, le cerveau de l'homme est fait pour capter des stimuli visuels et sonores. Par des sons, des notifications ou des couleurs, les écrans déclenchent nos instincts les plus primaires. Elena Pasquinelli, chercheuse en sciences cognitives explique qu'il est difficile pour notre cerveau antique de s'adapter à notre monde moderne. Elle ajoute que "Notre cerveau a été programmé pour répondre à des problèmes de nature antique : chasser, se protéger, fuir, se nourrir, trouver un compagnon, une compagne, tisser des liens au sein du groupe social...". 

Les outils numériques titillent donc quotidiennement notre goût pour les stimuli perceptifs, les défis, les récompenses (jeux vidéos), notre propension à la sociabilité (réseaux sociaux), notre besoin d'élargir notre base de connaissances (sites d'informations). Les spécialistes en neuro-marketing l'ont bien compris. Et les premières victimes de cette sur-stimulation cognitive sont nos enfants.

Cependant, nous pouvons donc nous rassurer un peu : notre tendance et celles de nos enfants à rester skotché devant un écran n'est donc pas qu'un problème de volonté...


Récompenses, notifications...difficile de décrocher !
D'autres éléments favorisent l'attirance que l'on a envers les écrans, particulièrement chez les enfants. Notifications, cases pré-cochées, vidéos lancées automatiquement... tout est fait aujourd'hui pour nous rendre accros et voler le peu d'attention qu'il nous reste. On appelle dark pattern ("design douteux") ces techniques de manipulations incitant l'utilisateur à faire des choix dont il n'est pas conscient. 
Les géants des réseaux sociaux maîtrisent également les circuits de la récompense, ou l'art de manipuler notre cerveau. Le like de Facebook en est un bon exemple. Lorsqu'une personne "like" une photo que vous venez de publier, cela enclenche une sorte de "validation sociale" qui sous-entend "génial, on me kiffe" et cela active la molécule responsable du plaisir, de la motivation et de l'addiction : la dopamine. Le problème, c'est que ce mécanisme de la récompense n'est jamais rassasié... du coup, on passe des heures sur son fil d'actualités dans l'attente du prochain like...;-)

Ainsi, nous sommes piégés... et même plein de bonne volonté, difficile parfois d'échapper à ces stratégies intrusives. Évidemment, nos enfants sont des cibles idéales. Et même si les lignes bougent et que des voix s'élèvent contre ces pratiques, la solution, à notre portée, reste l'information aux parents et le dialogue avec son enfant.

 

"Il y a beaucoup de «dark patterns» dans les technologies, c'est-à-dire des ficelles invisibles qui nous agitent comme des marionnettes. Elles reposent sur la captation d'attention par les biais cognitifs, l'excitation..." Tristan Harris, ancien ingénieur de Google.


Les jeux vidéos sont également un loisir qui accapare beaucoup le temps de nos enfants. Graphisme, réalisme et expérience de jeu, plongent l'enfant dans un processus d'immersion où il ressent des émotions intenses. Ajouté à cela un système de gratification qui provoque chez lui un sentiment de valorisation lorsqu'il gagne (encore plus chez les enfants en situation d'échec dans la vie quotidienne) et l'incite souvent à aller toujours plus loin pour progresser. Là encore, le dialogue est primordial. Comme tous les sujets, celui du jeu vidéo doit être abordé en famille et peut être l'occasion de se rapprocher de son enfant.


Dans une bulle spatio-temporelle


Lorsque l'on décide de mettre en place des règles pour gérer les écrans à la maison, il est nécessaire de connaitre le développement de la notion du temps chez un enfant. En effet, celle-ci n'est pas innée et sa conscience évolue tout au long de l'enfance. Ce n'est qu'à dix ans qu'un enfant acquiert la notion abstraite du temps (la compréhension de l'Histoire par exemple ou anticiper l'intervalle entre deux événements). Le problème du temps, c'est qu'il n'est pas directement perçu par nos cinq sens. Du coup, l'enfant ne le "ressent" pas avec son corps, ce qui rend la chose complexe pour lui. On imagine bien que nos "tu as assez joué pour aujourd'hui", "encore dix minutes et après tu arrêtes !", ont finalement peu d'impact sur l'arrêt de l'écran. Il faut donc apprendre le temps à son enfant. Ainsi, il saura qu'il existe des limites, qu'il faut apprendre à attendre et développera petit à petit des capacités d'anticipation, de planification et de gestion de la frustration ! 

Avoir conscience des mécanismes qui happent l'attention de nos enfants permet, d'une part, de mieux comprendre les rapports qu'ils entretiennent avec les écrans et poser des limites réalistes et adaptées à l'enfant. D'autre part, cela permet de prendre les choses en main en s'informant et sensibilisant nos enfants sur l'industrie du numérique qui nous piège et entretient notre pratique excessive par des usages parfois douteux qu'il convient de détourner.
 

En bref

- Les stimuli visuels et sonores des écrans attirent, par réflexes, notre cerveau vers l'écran ;

- La notion du temps s'acquiert progressivement durant l'enfance ;

- Sites internet, applications, jeux vidéos sont parfois conçus pour pousser à l'action, capter notre attention pour y passer le plus de temps possible. 


J'agis :

- Je dialogue avec mon enfant, en fonction de son âge, pour comprendre pourquoi il est tant attiré par un jeu ou un réseau social ;

- J'utilise un minuteur type Time-timer pour les enfants qui ne lisent pas l'heure, et même les plus grands (permet de matérialiser le temps qui passe) ;

- J'explique à mon enfant, en fonction de son âge, la raison pour laquelle les écrans attirent son cerveau et pourquoi il est nécessaire d'établir des règles et fixer des limites pour maîtriser son temps face au écran ;

- Je prévois une activité motivante directement à la suite de l'écran ;

- Je suggère à mon ado de modifier ses paramètres de notifications pour éviter d'être happé par les fameux "dark patterns" ;


- Je m'informe sur l'univers des jeux vidéos sur pedagojeux.fr pour parler le même langage que mon enfant et lui montrer que je m'intéresse à ses activités.